La guerre, c’est la mort des peuples!

Contribution écrite suite aux attentats du 13 novembre et publiée le 3 décembre 2015 par l’Humanité : http://www.humanite.fr/la-guerre-cest-la-mort-des-peuples-591629.

Au moment où notre président nous déclare en guerre, rejoignant dans un mimétisme inquiétant la posture adoptée par George W. Bush à la suite du 11 septembre[1]. Il nous convient, à nous français, de penser ce que la France possède comme ressource pour ne pas sombrer dans cette spirale infernale où une guerre en chasse une autre. Notre tradition humaniste, pacifiste, recèle en elle tous les remparts à une dérive militariste. Enfin, à condition de s’y référer. Voici ma contribution :

Je suis assis là, à une terrasse. Le jour d’après qu’ils furent massacrés. J’ai la gorge et le cœur serrés, tout autant que le café que je bois. Syndrome de la gueule de bois.

On me regarde. Avec insistance. On me regarde, en chien de faïence. On attend que je réagisse. Que je compatisse n’est guère assez. Que je sois meurtri, parait trop timoré. Alors, on veut de moi que j’hurle avec les loups. Que j’entonne cet hymne à la guerre.

Mais la guerre, pour qui la connait, n’est guère à souhaiter. La guerre, c’est la mort des peuples. C’est le feu et le fer du fort sur le faible. Mais souvenons-nous que les guerres, il n’y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent, et il n’y a que ceux qui sont puissants qui en profitent[2].

Alors je reste assis, muet, noyé dans tout ce brouhaha guerrier. Des hommes, propres sur eux, feignent d’être preux, c’est le plus beau jour de leur vie. Corbeaux aux allures martiales, auspices des plus funestes.

Je ne sais quoi penser, hormis que tout ceci est insensé. Sont-ils sourds ? Ou bien aveugles ? En tout cas, je ne jouerai pas le rôle du troisième singe. Je ne me tairai pas.

Petit, on m’a appris qu’on ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre[3] et que personne n’aime les missionnaires armés[4]. Alors pourquoi rouler des tambours et des épaules ? Œil pour œil, dent pour dent, ainsi le veut la loi du Talion. Si c’était vrai, nous vivrions dans un monde de borgnes et d’édentés.

Alors, je reste assis et je médite. Je me dis que l’heure est sombre et que ce clair-obscur est propice aux monstres. Un proverbe arabe raisonne et résonne en moi : quand tu combats un monstre, sois vigilant de ne pas en devenir un.

Et je ne suis plus assis. Je me lève et vous enjoins le poing levé. De l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace et la Paix sera sauvée. Car l’affirmation de la paix est le plus grand des combats[5]. Le seul qu’il vaille la peine de mener.

Soufyan HEUTTE

[1] http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/151115/monsieur-le-president-vous-etes-tombe-dans-le-piege

[2] Œuvres complètes, Saint-Just, Charles Vellay, éd. Charpentier et Fasquelle, 1908, vol. 2, p. 483

[3] Jean Jaurès

[4] Robespierre, Pour le bonheur et pour la liberté, discours, La Fabrique, Paris, 2000, p.122

[5] Jean Jaurès

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